H E M I S P H E R E N O R D
Mais quel est ce pays où il fait froid pendant huit mois, où on n’ouvre ses volets que le samedi et le dimanche car il fait noir lorsqu’on part le matin tout autant que le soir quand on rentre ?
Ah, s’asseoir à son bureau, à peine huit heures sonnées, sous le soleil implacable du néon, avec encore sur la peau les effluves diverses de ses concitoyens chaudement côtoyés dans les bus, trams ou métros, parfum de sous-bois tropical en décomposition, poivre de Zanzibar intimement mêlé à la muscade râpée et aux senteurs de ceux qui n’ont pas eu le temps ou le courage d’approcher la salle de bain avant de foncer dans la nuit, entre le camion des éboueurs et la cohue de la rue...
Teints blafards et peaux parcheminées, tel est l’ordinaire des manteaux sombres qui se pressent dans les bruits et les lumières d’une vie aussi artificielle que l’avenir qui les guette au coin du désespoir.
Devant la fenêtre, un bac à sable, jaunâtre et mouillé. Des petits pères Noël y délimitent leurs territoires parmi les feuilles racornies sous la surveillance d’une maman éteinte, le regard tourné vers l’intérieur comme vers une terre promise qui n’arriverait jamais.
Un voile passe et nul ne saura ce qu’il recouvre, le facteur aussi, tout rouge et dont la bouche fume tant il a pédalé. Un chien s’attarde sur les roues des voitures, numérotées et alignées comme autant de caisses en ferraille oubliées là jusqu’au soir. Une petite vieille titube lentement sur ses jambes molletonnées couleur de poussière, elle ne voit plus bien, elle a peur que le ciel se referme sur sa tête comme un couvercle mais elle avance, vaillamment, vers la poste où elle fera la queue comme tout le monde.
Au-delà des nuages, un avion laisse une traînée de fumée. On peut imaginer le pilote aveuglé par la luminosité d’un ciel entièrement bleu, l’odeur du soleil sur la carlingue surchauffée. En quelques minutes le jet sera au dessus du désert.
Des ombres glissent dans le silence de l’océan où on entend à peine les poissons qui broutent le corail. A la surface le pêcheur jette son filet, l’eau tiède ruisselle sur sa peau. Il rabat sa casquette et s’installe sous un auvent de palmes en attendant que le temps passe.
La machine à café est au
bout du couloir.
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